Jeudi 23 octobre 2008


Longtemps on a cru les pays en développement épargnés par la crise financière. Désormais, on sait qu’elle n’a pas de frontière. La dernière victime en date : l’Argentine. Mardi, la présidente argentine, Cristina Kirchner, a annoncé la nationalisation prochaine du système privé de retraites.

 

« Nous adoptons cette décision dans un contexte international où les principaux pays du G-8 et d'autres mettent en oeuvre une politique de protection des banques. Nous, nous protégeons nos retraités et nos travailleurs », a expliqué la présidente Kirchner peu après avoir présenté le projet de loi prévoyant le transfert du système par capitalisation à un système public par répartition.

 

La Bourse de Buenos Aires a très mal accueilli cette initiative, inédite depuis le début de la crise financière internationale, plongeant de près de 17% en clôture. Du jamais vu. Et pour cause, ce que vient de faire le gouvernement correspond tout simplement à une confiscation de fonds de capitalisation privés.

 

Le gouvernement explique cette mesure par la nécessité de sauver les quelque dix sociétés de gestion des fonds de retraite (AFJP) de la banqueroute, après les pertes provoquées par la crise financière internationale, qui sont évaluées à environ 20 %. Et si elle venait à faire faillite, les conséquences seraient dramatiques. En effet, quelque 53 % des salariés argentins sont affiliés à l'une des dix sociétés de gestion des fonds de retraite, le reste se retrouvant dans le public ou dans des régimes autonomes.

 

Mais, du côté de l’opposition, on crie au scandale et au vol : l’ensemble des fonds est évalué à 30 milliards de dollars. Pour eux, cette confiscation ne servira qu’à financer le service de la dette qui atteindra quelque 40 milliards de dollars en 2009 et 2010. Les sociétés de gestion de fonds de retraite sont également contre ce projet de loi. Neuf sur dix ont signé un communiqué commun très critique, dénonçant une mesure « à court terme » et soulignant, au contraire, la solidité de leurs investissements.

 

Si cette nationalisation est acceptée par le parlement argentin, où le parti de Mme Kirchner est majoritaire, elle permettra également au gouvernement de mettre la main sur un flux annuel de quelque 3,5 milliards d'euros de cotisations. Le mystère reste donc entier : cette nationalisation est-elle un véritable sauvetage ou un coup de poker du gouvernement argentin ?

 

            Vincent Paes

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